Patrimoine
L'Anneau d'Or en cinq villes, et pas une de plus
On appelle Anneau d'Or huit villes anciennes du nord-est de Moscou. Huit, c'est le chiffre des brochures : trois d'entre elles ne justifient pas le trajet. Voici les cinq que nous emmenons voir, et ce qu'on y regarde.
· 6 min de lecture · par Aventurusse
L'expression date de novembre 1967. Un journaliste et historien soviétique, Iouri Bytchkov, quitte Moscou au volant de sa Moskvitch pour un reportage commandé par Sovetskaïa Koultoura, trace sur une carte une boucle par Vladimir, Souzdal, Iaroslavl et Rostov, et lui trouve un nom qui sonne bien. L'étiquette est publicitaire ; ce qu'elle recouvre ne l'est pas. Ces villes ont précédé Moscou, et c'est là, entre le XIe et le XIIIe siècle, que s'est formée la Russie du Nord-Est. La boucle d'origine comptait huit villes ; nous en retenons cinq, et nous disons plus bas pourquoi.
Souzdal — la seule ville-musée
Une dizaine de milliers d'habitants, autant de monastères, plus de vingt églises des XVIIe et XVIIIe siècles, et aucun immeuble. Souzdal doit son état à deux occasions manquées : le chemin de fer l'a contournée au XIXe siècle, l'industrie l'a ignorée au XXe. Elle est restée une bourgade de bois et de brique blanche posée dans les champs, et la loi y interdit de bâtir haut. On y marche sans plan : le kremlin de terre au bord de la Kamenka, la cathédrale de la Nativité et ses coupoles bleues semées d'étoiles d'or, le monastère Saint-Euthyme derrière ses murailles de brique rouge, le musée d'architecture en bois où l'on a remonté des isbas et des églises de rondins venues de toute la région.
C'est la seule des cinq où nous conseillons de dormir, et c'est un vrai conseil, pas une formule. Souzdal se vide entièrement vers dix-huit heures, quand les cars repartent sur Moscou. Une nuit sur place, et l'on a le monastère Saint-Euthyme à sept heures du matin sans personne, la brume sur la rivière et les cloches qui sonnent pour trois habitants. C'est le meilleur moment de tout l'Anneau, et il ne s'obtient qu'en restant.
Vladimir — la Porte Dorée et deux cathédrales
À une trentaine de kilomètres de Souzdal, Vladimir fut la capitale de la Rus' avant Moscou, du milieu du XIIe siècle jusqu'à l'invasion mongole. Il en reste trois monuments et une position sur une hauteur au-dessus de la Kliazma. La Porte Dorée, élevée en 1164 à la demande du prince André Bogolioubski, tient encore debout au milieu d'un carrefour où les voitures tournent autour d'elle : c'est l'unique porte de ville russe médiévale conservée, et elle est passée de rempart à rond-point sans transition.
La cathédrale de la Dormition abrite des fresques d'Andreï Roublev, peintes en 1408 et redécouvertes sous des couches de badigeon : on les regarde dans une lumière volontairement basse. Celle de Saint-Dimitri, plus petite et plus tardive — elle date des toutes dernières années du XIIe siècle —, porte sur ses murs extérieurs plus d'un millier de sculptures de pierre : animaux réels et imaginaires, saints, cavaliers, feuillages, organisés autour de la figure du roi David.
Une demi-journée suffit pour les trois. Le train rapide met une heure quarante depuis Moscou — moins de deux heures —, ce qui fait de Vladimir la porte d'entrée naturelle de l'Anneau ; et le bus qui prolonge jusqu'à Souzdal se paie une pièce.
Serguiev Possad — la laure de la Trinité-Saint-Serge
Le grand monastère russe, siège spirituel du pays, à soixante-dix kilomètres au nord de Moscou. Onze églises tiennent dans une seule enceinte fortifiée, autour de la cathédrale de la Dormition et de ses coupoles bleues semées d'or. Le clocher domine tout : cinq étages, quatre-vingt-huit mètres, six de plus que celui d'Ivan le Grand au Kremlin — ce qui n'est pas un hasard. Trente ans et trois architectes, de 1740 à 1770, ont été nécessaires.
C'est surtout un lieu vivant, et c'est ce qui le distingue du reste de l'itinéraire : des séminaristes en soutane traversent la cour au pas de course, des pèlerins remplissent des bidons à la source, et une file qui ne désemplit jamais attend d'embrasser les reliques de saint Serge. Ce n'est pas un musée avec des offices, c'est un monastère où l'on passe.
Tenue et photos
Ce sont des monastères en activité, pas des sites archéologiques. Épaules couvertes pour tout le monde, jupe ou pantalon long, et un foulard pour les femmes à l'intérieur des églises : il s'en prête gratuitement à l'entrée, et personne ne vous regardera de travers si vous le nouez de travers. La photographie est tolérée dans les cours et les allées, presque jamais à l'intérieur pendant un office, et jamais sur les fidèles en prière. En cas de doute, on regarde ce que font les Russes autour de soi.
Rostov Veliki — le kremlin au bord du lac
Le plus beau kremlin de l'Anneau, et de loin : une enceinte blanche dont les remparts se reflètent dans le lac Nero, peu profond et laiteux, qui double tout le paysage. Rostov est petite et un peu délaissée, avec des rues qui redeviennent des chemins à deux cents mètres du centre — et c'est ce qui en fait le charme : on marche seul sur les galeries des remparts, et l'on y reconnaît les décors du cinéma soviétique tourné ici.
La ville est aussi la capitale russe de l'émail peint, la finift, miniature sur cuivre émaillé pratiquée là depuis le XVIIIe siècle. Deux ateliers se visitent : on y voit poser les couleurs une par une, chacune exigeant sa cuisson. C'est le seul souvenir de l'Anneau qui vaille d'être rapporté.
Iaroslavl — la ville, enfin
Six cent mille habitants au confluent de la Volga et de la Kotorosl, à environ deux cent cinquante kilomètres au nord-est de Moscou, et un centre historique inscrit à l'UNESCO en 2005 — non pour un monument isolé, mais pour son plan d'urbanisme refait au cordeau sous Catherine II et conservé intact depuis. Après quatre bourgades, Iaroslavl fait un bien considérable : des restaurants ouverts le soir, un théâtre, des étudiants, et un quai sur la Volga long de deux kilomètres où toute la ville se promène au coucher du soleil. Compter 10 à 20 € pour l'y rejoindre en train depuis Moscou.
L'église Saint-Élie-le-Prophète, au centre de la place principale, vaut à elle seule l'arrêt : ses fresques du XVIIe siècle couvrent les murs du sol au plafond sans laisser un centimètre de pierre nue.
Les trois qu'on saute, et pourquoi
Kostroma a brûlé en 1773 et s'est reconstruite en éventail depuis la Volga : on y voit surtout des arcades marchandes du XIXe siècle et le monastère Ipatiev, à l'écart — une journée qui ne rend pas ce qu'elle prend. Ivanovo est une ville textile devenue vitrine du constructivisme soviétique : l'intérêt est réel et très spécialisé, à réserver aux amateurs des années 1920. Pereslavl-Zalesski a un beau lac et cinq monastères dispersés, sans transport public entre eux : une journée d'allers-retours pour ce que Souzdal donne en deux heures de marche.
Comment on l'organise
Quatre jours au départ de Moscou suffisent, dans cet ordre : Vladimir et Souzdal, nuit à Souzdal, matinée de flânerie sur place, puis Rostov et Iaroslavl, nuit à Iaroslavl, et Serguiev Possad sur le chemin du retour. En voiture avec chauffeur, parce que les liaisons ferroviaires entre ces villes sont mauvaises et les cars lents : c'est le seul endroit de Russie où nous ne conseillons pas le train.
L'Anneau d'Or s'ajoute très bien à un séjour à Moscou, et le contraste joue dans les deux sens : on comprend mieux les dix chapelles de Saint-Basile après avoir vu leurs ancêtres à Souzdal. Notre page de destination sur Moscou bâtit la partie urbaine, l'ensemble de nos destinations russes montre où l'Anneau s'insère dans un itinéraire plus long, et nos départs réalisés depuis 2024 donnent le rythme réel sur place.
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