Patrimoine
Le lac Baïkal en été : Olkhon, le rocher du Chaman et les serges
Un cinquième de l'eau douce non gelée de la planète, mille six cent quarante-deux mètres de fond, vingt-cinq millions d'années. Et au milieu, une île de soixante-douze kilomètres où le chamanisme n'a jamais cessé d'être pratiqué.
· 5 min de lecture · par Aventurusse
On vient au Baïkal pour l'eau, et l'eau tient parole : par temps calme, on voit le fond à quarante mètres. Le lac est le plus profond du monde — 1 642 mètres —, le plus ancien aussi, vingt-cinq millions d'années, et il porte à lui seul près d'un cinquième de l'eau douce liquide de la planète. Ces chiffres, on les récite avant de partir. Ce qu'on rapporte, presque toujours, c'est Olkhon.
L'île, et pourquoi elle compte
Olkhon fait 71,7 kilomètres de long, quinze de large au plus, environ sept cent trente kilomètres carrés : c'est la plus grande des vingt-sept îles du lac et la seule qui soit habitée. Elle coupe le Baïkal en deux mondes. À l'ouest, le Petit Lac, un bras peu profond et abrité qui se réchauffe vraiment ; à l'est, le Grand Lac et ses abysses, où l'on ne trempe qu'un pied. Quinze cents habitants, bouriates pour la plupart, un seul vrai village, Khoujir, et une piste de terre qui remonte plein nord vers le cap Khoboï. Il n'y a pas de route goudronnée sur l'île, pas de feu tricolore, et la poussière qui monte derrière chaque véhicule se voit à un kilomètre.
C'est aussi un lieu saint du chamanisme bouriate, l'un des neuf sanctuaires majeurs d'Asie. La distinction compte : on n'y vient pas seulement regarder un paysage, on y vient dans un endroit où des gens font encore des offrandes, versent quelques gouttes avant de boire et se taisent en passant à certains endroits. Cela se sent tout de suite, et cela change la manière dont on marche.
Le rocher du Chaman
À la sortie de Khoujir, deux pitons de marbre blanc veiné de rouge s'avancent dans le lac, reliés à l'île par une langue de sable qu'on traverse à pied sec : c'est le cap Bourkhan, et le rocher qu'on appelle la Chamanka. Il est percé d'une grotte qui le traverse de part en part, et c'est dans cette grotte que se tenaient les rites. Le lieu était si redouté que les cavaliers qui devaient passer à proximité descendaient de cheval, enveloppaient les sabots de leur monture dans des morceaux de peau et menaient la bête en silence jusqu'à distance respectable avant de se remettre en selle. Les femmes, elles, n'avaient longtemps pas le droit d'approcher.
Aujourd'hui on y monte, et l'on s'y tient bien : pas de cri, pas de pique-nique sur la roche, pas de drone. La photographie que tout le monde connaît se prend depuis la plage au nord, au soleil couchant, quand la lumière passe derrière les deux pitons. Comptez d'y rester une heure : la couleur change toutes les cinq minutes, et c'est le seul moment de la journée où il y a foule sur la crête.
Les serges
Juste au-dessus de la plage, sur la crête, treize poteaux de bois se dressent en ligne, noués de rubans bleus, blancs, rouges et jaunes qui claquent en permanence — le vent ne s'arrête jamais vraiment sur cette côte. Ce sont les serge. À l'origine, ce sont des poteaux d'attache : on y amarrait symboliquement les chevaux des esprits, comme on attache le sien devant une maison où l'on entre. Chaque ruban noué est un vœu déposé. On les photographie beaucoup, et c'est admis. On n'y touche pas, on ne dénoue rien, et on n'en noue pas soi-même si l'on n'est pas du lieu : le geste appartient à quelqu'un d'autre. C'est la seule règle que nous rappelons systématiquement à nos voyageurs avant de monter.
Onze degrés, et cela ne se négocie pas
L'eau du Petit Lac plafonne autour de onze à quatorze degrés en août, celle du Grand Lac entre six et huit. On s'y baigne quand même : quatre-vingt-dix secondes, en criant, et l'on en parle pendant dix ans. Le sable des plages de Khoujir, lui, est brûlant l'après-midi, et l'on ressort de l'eau pour s'y enterrer. Prévoyez une serviette épaisse et de quoi vous couvrir tout de suite après : le vent sèche en une minute et refroidit en deux.
Le cap Khoboï, tout au nord
La sortie au cap Khoboï prend la journée entière et se fait en UAZ, le vieux minibus soviétique à quatre roues motrices : c'est la seule chose qui passe sur ces pistes, et le véhicule fait partie du souvenir autant que le paysage. On roule quelques heures vers le nord dans la poussière, on s'arrête aux belvédères, et l'on finit sur une pointe de falaises déchiquetées d'où le lac s'ouvre des deux côtés à la fois. Par temps clair, on distingue la rive opposée à plus de quarante kilomètres. La sortie comprend traditionnellement une soupe de poisson préparée sur le rivage par le chauffeur, dans un chaudron, avec l'omoul du lac. C'est un cliché touristique parfaitement assumé, et c'est très bon. Prenez une veste coupe-vent même en juillet : sur la pointe, il fait dix degrés de moins qu'à Khoujir.
Y aller, et quand
Depuis Irkoutsk, il faut compter environ deux cent cinquante kilomètres et cinq à six heures de route jusqu'à l'embarcadère de Sakhiourta, puis une vingtaine de minutes de bac. Un minibus public part chaque matin ; nous mettons un véhicule privé pour nos voyageurs, parce que la route est longue, cahoteuse sur la fin, et qu'arriver frais change la première soirée. En haute saison, l'attente au bac peut ajouter une heure : on part tôt.
Juillet et août sont le seul vrai été : vingt à vingt-cinq degrés, des journées qui n'en finissent pas, et aussi la seule période où Khoujir est plein. Fin août et septembre restent notre saison préférée : il fait encore beau, les moustiques ont disparu, les maisons d'hôtes se libèrent et la lumière devient plus basse et plus jaune. Février et mars sont un autre voyage : la glace transparente, les bulles prises dans l'épaisseur, et une route tracée directement sur le lac gelé à la place du bac. C'est magnifique, exigeant, et il faut être équipé pour le froid sibérien.
Où dormir
Des maisons d'hôtes en bois à Khoujir, tenues en famille, avec le chauffage, l'eau chaude et souvent une bania dans la cour : le confort d'une pension de montagne, pas celui d'un hôtel. Il faut le savoir avant de partir. L'électricité n'est arrivée au village qu'en 2005, les rues sont en terre battue, et une coupure d'eau chaude n'a rien d'exceptionnel. C'est un endroit où l'on accepte la rusticité, ou l'on ne vient pas — et ceux qui l'acceptent y restent plus longtemps que prévu.
Trois nuits sur l'île sont le bon compte : une pour le rocher et la plage, une pour le cap Khoboï, une pour ne rien faire. Le Baïkal se combine naturellement avec un tronçon du Transsibérien entre Moscou et Vladivostok, dont la voie longe la rive sud sur près de deux cents kilomètres. Pour les repères pratiques — saisons, accès, ce qu'on voit sur chaque rive —, notre page de destination consacrée au lac Baïkal les rassemble, et nos départs de groupe accompagnés y passent chaque été.
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