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Sur la route

Prendre l'avion à l'intérieur de la Russie

Neuf fuseaux horaires séparent Kaliningrad de la Kamtchatka. Le train dit la taille du pays ; l'avion la rend praticable — et pour un prix qui reste raisonnable, du low-cost au classique.

· 4 min de lecture · par Aventurusse

Un Moscou – Irkoutsk couvre un peu plus de 4 200 kilomètres et se fait en cinq heures et demie à six heures. Le même trajet en train demande trois jours et demi. Les deux valent le coup, mais pas dans le même voyage : on prend le train pour un tronçon choisi, et l'avion pour tout le reste. C'est l'arbitrage le plus utile qu'on puisse faire sur un itinéraire russe, et c'est celui que les voyageurs oublient le plus souvent de poser.

Les compagnies, et laquelle prendre

Le ciel intérieur russe est dense : sur la seule liaison Moscou – Irkoutsk, une quarantaine de vols par semaine. Cinq noms suffisent à s'y retrouver.

  • Aeroflot — la compagnie nationale. Flotte récente, service correct, ponctualité bonne, personnel qui parle anglais sur les grandes lignes. C'est le choix par défaut quand on ne veut pas réfléchir, et c'est celui que nous retenons pour les vols de nuit.
  • S7 Airlines — la principale privée, basée à Novossibirsk, souvent moins chère et très bien tenue. Elle est excellente sur la Sibérie, qui est son terrain d'origine, et son réseau relie les villes sibériennes entre elles sans repasser par Moscou : c'est précieux quand on descend l'Ienisseï ou qu'on enchaîne Irkoutsk et Krasnoïarsk.
  • Rossiya — filiale d'Aeroflot, qui opère les lignes régionales et les vols subventionnés vers l'Extrême-Orient et le Grand Nord. On la prend sans le choisir, quand la destination n'a qu'une desserte.
  • Pobeda — le low cost du groupe Aeroflot. Le bagage cabine est minuscule et mesuré au gabarit, sans indulgence, et tout se paie en supplément. À prendre les yeux ouverts, en voyageant léger, et jamais avec une correspondance serrée derrière.
  • Ural Airlines, Azimut, Nordwind — de bonnes compagnies régionales, très utiles hors des grands axes : le Caucase, la Volga, le Sud. Azimut, en particulier, maille tout le sud du pays sans passer par la capitale.

Les aéroports de Moscou sont quatre

Cheremetievo (SVO) est à une trentaine de kilomètres au nord-ouest, Domodedovo (DME) à trente-huit au sud, Vnoukovo (VKO) à une trentaine au sud-ouest, et Joukovski (ZIA), ouvert au trafic commercial en 2016, à trente-six au sud-est. Ils sont à une bonne heure les uns des autres, et davantage aux heures de pointe. Un vol d'arrivée à Cheremetievo suivi d'une correspondance à Domodedovo, c'est deux heures et demie de traversée d'agglomération à prévoir, valises comprises. Vérifiez toujours le code à trois lettres sur les deux billets avant de réserver quoi que ce soit : c'est l'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse en temps.

Le vrai obstacle: acheter le billet

Ce n'est pas l'avion qui pose problème, c'est le paiement. Comme pour le train, les sites russes n'acceptent que les cartes émises en Russie ; une carte européenne est refusée au moment de valider, sans explication et sans message clair, ce qui laisse croire à une panne du site. Aeroflot reste vendable par quelques agrégateurs internationaux, souvent à un tarif nettement supérieur au tarif russe. S7 et les régionales, presque pas du tout. Certains voyageurs passent par un intermédiaire trouvé en ligne : cela fonctionne parfois, et cela laisse sans recours quand le vol est annulé ou déplacé, ce qui arrive.

Nos voyageurs n'y touchent pas : nous prenons les vols intérieurs avec le reste du voyage, au tarif du marché russe, et les cartes d'embarquement leur sont remises sur place. Le sujet dépasse largement les billets d'avion — il commande tout le séjour —, et nous lui avons consacré un article entier : payer en Russie quand la carte européenne ne passe pas.

Bagages, papiers, aéroport

  • Le passeport suffit pour un vol intérieur : c'est le document d'identité d'un étranger en Russie, et rien d'autre n'est demandé au comptoir. Gardez-le sur vous, jamais dans la valise en soute, et gardez avec lui le talon d'enregistrement remis par votre hôtel.
  • Un bagage en soute est compris sur presque tous les tarifs, sauf chez Pobeda et sur les tarifs dits « light » des autres compagnies. Vérifiez la ligne du tarif plutôt que le nom de la compagnie : Aeroflot vend aussi des billets sans soute.
  • Le contrôle commence à la porte du terminal. Les aéroports russes filtrent bagages et personnes dès l'entrée du bâtiment, avant même l'enregistrement, puis une seconde fois au filtre habituel. C'est rapide mais cela surprend, et cela fait vingt minutes de plus à prévoir.
  • Arrivez deux heures avant à Moscou, une heure et demie ailleurs. Les aéroports régionaux sont petits, l'enregistrement ferme tôt et fermement, et personne ne rouvre un comptoir pour un retardataire.
  • Attention au décalage. Les horaires sont donnés en heure locale de chaque aéroport : un vol qui part de Moscou en fin de journée arrive à Irkoutsk le lendemain matin, cinq heures de vol pour cinq heures de décalage. Réserver l'hôtel pour la bonne nuit demande de compter deux fois.

Comment nous l'utilisons

Un exemple concret, celui que nous montons le plus souvent : trois jours à Moscou, vol du soir pour Irkoutsk, trois jours au lac Baïkal et sur l'île d'Olkhon, vol de retour direct sur Moscou. Six jours de voyage réel là où le train seul en aurait demandé treize, sans rien retirer de ce qu'on est venu voir. Le même raisonnement vaut pour Kazan, Mourmansk ou Vladivostok : la Russie est un pays où l'avion n'est pas un luxe mais la condition d'un itinéraire qui tient dans deux semaines.

L'inverse est vrai aussi, et nous le disons volontiers : sur une seule portion, bien choisie, le train vaut mieux que l'avion, et les sept jours du Transsibérien entre Moscou et Vladivostok ne se remplacent par rien. La bonne formule mélange les deux. Pour savoir ce que chaque poste pèse dans un budget de voyage russe, notre dossier sur le budget d'un voyage en Russie en 2026 le détaille poste par poste.

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