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Sur la route

Moscou – Vladivostok : sept jours dans le Transsibérien

Neuf mille deux cent quatre-vingt-huit kilomètres, sept fuseaux horaires, cent quarante-six heures de train. Le trajet le plus long du monde en une seule rame — et l'un des rares voyages où l'on sent physiquement la taille d'un pays.

· 5 min de lecture · par Aventurusse

Le « Rossiya » porte le numéro 2 quand il va vers l'est et le numéro 1 quand il revient. Il quitte Moscou depuis la gare de Iaroslavl, roule six nuits, et s'arrête à Vladivostok au matin du septième jour. Ce n'est pas un train touristique : c'est une ligne régulière, avec des gens qui montent à Omsk pour descendre à Krasnoïarsk, des militaires en permission et des étudiants qui rentrent chez eux.. La borne plantée sur le quai d'arrivée annonce 9 288 kilomètres. Entre les deux extrémités, sept fuseaux horaires.

Jour 1 — Moscou, et la sortie de l'Europe

Tout commence sur le quai, devant la voiture, où la provodnitsa compare le passeport au billet avant de laisser monter. À l'intérieur, deux mondes : le koupé, quatre couchettes derrière une porte qui ferme, et le platskart, une voiture ouverte de cinquante-quatre places où l'on voit tout le monde. Le matelas et les draps arrivent roulés dans un sachet scellé ; on fait son lit soi-même. La couchette du bas se replie en banquette pour la journée. Au bout de chaque voiture, un samovar donne de l'eau bouillante en continu et gratuitement : c'est pour cela que chaque voyageur russe monte avec un mug, du thé et des nouilles instantanées. Le train traverse la ceinture des datchas, puis la forêt commence et ne s'arrêtera plus vraiment. Sur l'ensemble du parcours, la moyenne tourne autour de soixante-cinq kilomètres à l'heure, arrêts compris : cette lenteur n'est pas un défaut du train, c'est le sujet du voyage.

Jour 2 — l'Oural, et la frontière des continents

Kirov au petit matin, puis Perm, puis l'Oural. On attend une montagne et l'on n'en voit pas : la chaîne est usée, quelques centaines de mètres de collines boisées, aucun col, aucun grand tunnel. Aux environs du 1 777e kilomètre, près de la halte de Verchina, un obélisque de granit planté au bord du ballast marque la limite entre l'Europe et l'Asie ; le train ne s'y arrête pas, il faut le guetter par la fenêtre. Iekaterinbourg vient juste après, au kilomètre 1 778, une vingtaine de minutes d'arrêt — assez pour descendre, marcher dans l'air froid et acheter des piroguis ou du poisson fumé aux babouchkas qui attendent devant chaque voiture. C'est là que la famille impériale a été fusillée en 1918, et une ville où l'on gagne à s'arrêter deux jours si l'on coupe le trajet.

Jour 3 — la Sibérie occidentale, plate à perte de vue

Tioumen, Ichim, puis Omsk au kilomètre 2 676, seize minutes d'arrêt seulement. Ensuite vient la plaine de Baraba : des marais, des bouleaux blancs par bouquets, des lacs peu profonds, et un horizon qui ne bouge pas pendant huit heures. C'est la journée que les voyageurs redoutent avant de partir et qu'ils finissent souvent par préférer. Il ne s'y passe rien, et c'est exactement ce qu'on est venu chercher : on lit, on refait du thé, on s'accoude à la fenêtre du couloir par vingt minutes. C'est là qu'on parle au voisin avec quinze mots de russe et un traducteur sur le téléphone, et la conversation dure deux heures quand même. Novossibirsk arrive au kilomètre 3 303, dix-neuf minutes d'arrêt, souvent de nuit : troisième ville de Russie, et juste avant elle le long pont sur l'Ob.

Jour 4 — Krasnoïarsk et l'Ienisseï

Le paysage se lève enfin. Les collines reviennent, les pins remplacent les bouleaux, la taïga devient verticale. Krasnoïarsk tombe au kilomètre 4 065, une vingtaine de minutes d'arrêt, et l'Ienisseï y est large de près de deux kilomètres. Le pont d'origine, ouvert en 1899 sur un projet de l'ingénieur Lavr Proskouriakov, avait reçu la médaille d'or de l'Exposition universelle de Paris en 1900, décernée par un comité présidé par Gustave Eiffel. Inutile de le chercher par la fenêtre : il a été démonté entre 2002 et 2007, et le train franchit aujourd'hui un ouvrage moderne construit à côté.

La vie à bord, en trois règles

Les horaires ont cessé d'être un casse-tête : jusqu'au 1er août 2018, tous les billets et tous les affichages russes étaient libellés à l'heure de Moscou d'un bout à l'autre du pays ; depuis, les gares donnent l'heure locale. Le corps, lui, garde ses sept heures de retard jusqu'au bout. Côté confort, les voitures rénovées du Rossiya ont l'air conditionné, des prises et une douche. Et le compartiment se partage : on y dit bonjour en montant, on y offre du thé, et l'on apprend plus de russe en trois jours que dans un manuel.

Jour 5 — le Baïkal, la plus belle heure du voyage

Irkoutsk, kilomètre 5 153, vingt-cinq minutes. Le train ne prend plus la voie historique qui contournait le lac par Port-Baïkal : depuis l'ouverture en 1949 du raccordement électrifié par Bolchoï Loug, il descend droit sur Slioudianka. L'ancien Circum-Baïkal, quatre-vingt-quatre kilomètres et trente-huit tunnels taillés dans la falaise, survit en ligne touristique. Depuis Slioudianka, la voie longe la rive sud sur près de deux cents kilomètres, parfois à dix mètres de l'eau : c'est le moment que tout le monde attend, et il tient ses promesses. Beaucoup de voyageurs coupent ici deux ou trois jours, et c'est ce que nous conseillons. Notre page sur le lac Baïkal, ses deux rives et la bonne saison pour y aller dit où dormir et ce qu'on y fait vraiment.

Jour 6 — la Bouriatie, puis la longue Amour

Oulan-Oudé, kilomètre 5 609, vingt-cinq minutes. Sur la place centrale trône la plus grande tête de Lénine du monde — 7,7 mètres, quarante-deux tonnes, posée sur un socle de granit de 6,3 mètres et inaugurée le 5 novembre 1971 pour le centenaire de sa naissance. Autour, des datsans bouddhistes et la steppe : la Bouriatie est russe et asiatique dans la même rue, et c'est le dépaysement le plus net du parcours. Vient ensuite Tchita, kilomètre 6 166, puis la plus longue journée du voyage : peu de villes, beaucoup de taïga, des rivières larges et lentes, et un fleuve qui fait frontière avec la Chine.

Jour 7 — Vladivostok

Khabarovsk, kilomètre 8 493, trente minutes : le plus long arrêt du trajet. En repartant, le train franchit l'Amour sur les 2 600 mètres du pont surnommé « le miracle de l'Amour », achevé le 18 octobre 1916 et inauguré le 5 novembre suivant — c'est cet ouvrage, et non une cérémonie, qui a terminé le Transsibérien. La dernière nuit descend le long de l'Oussouri, et la végétation change une dernière fois : chênes, lianes, une humidité qui sent la mer. Sur le quai d'arrivée, une stèle surmontée de l'aigle bicéphale porte le chiffre 9288, et une vieille locomotive à vapeur lui tient compagnie. Avec ses collines, ses baies et ses ponts, Vladivostok, terminus du Transsibérien face au Pacifique, ne ressemble à rien de ce qu'on vient de traverser.

Comment nous le faisons

Notre conseil, après l'avoir fait plusieurs fois : ne faites pas les sept jours d'un trait. Coupez à Iekaterinbourg et au Baïkal. Le trajet devient un voyage de trois semaines, on dort deux fois dans un vrai lit, et l'on garde de la Sibérie autre chose qu'une fenêtre. Pour les formalités et les chiffres — visa, invitation, budget, saison à viser —, notre guide pour préparer un voyage en Russie en 2026 répond dans l'ordre où les questions se posent. Et nous montons ce parcours, avec ses coupures et ses hôtels, en voyage sur mesure.

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