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Sur la route
Le train de nuit revient partout en Russie
Pendant que l'Europe redécouvre le train de nuit, la Russie ne l'a jamais abandonné. Sept cents trains couchettes circulent chaque nuit, du plus modeste au plus soigné, et c'est encore la façon la plus juste de sentir les distances du pays.
· 5 min de lecture · par Aventurusse
On monte à vingt-trois heures à Moscou, on se réveille sur la Volga. Entre les deux, personne n'a conduit, personne n'a cherché un hôtel, personne n'a perdu une matinée dans un aéroport : la nuit a servi à quelque chose. C'est l'argument que nous servons à tous les voyageurs qui hésitent, et il n'a jamais eu besoin d'être défendu bien longtemps. Le réseau russe est l'un des rares au monde où le train de nuit n'a jamais été un vestige : il n'a pas eu à revenir, il n'est jamais parti, et le matériel se renouvelle année après année.
Quatre classes, et deux seulement vous concernent
Un train de nuit russe se lit d'abord à sa classe de voiture, et le vocabulaire fait peur pendant trois minutes avant de ne plus jamais servir. Il n'y a pas de « première » et de « seconde » : il y a un nombre de couchettes par compartiment, et une porte qui ferme ou non.
- Luxe (СВ) — deux couchettes par compartiment, toutes deux en bas, la porte se ferme à clé, le linge et souvent le petit-déjeuner sont compris. C'est le confort d'une cabine de bateau. Sur les lignes rénovées, la voiture ne compte qu'une poignée de compartiments et l'on croise trois personnes dans la nuit.
- Coupé (Купе) — quatre couchettes, deux en bas et deux en haut, porte fermée. C'est le meilleur rapport entre le confort et le sommeil, et c'est ce que nous réservons par défaut pour nos groupes. À deux, on peut acheter les quatre places pour rester entre soi ; à quatre, on occupe le compartiment entier, ce qui est de loin la formule la plus agréable en famille.
- Platskart (Плацкарт) — la voiture-dortoir ouverte, cinquante-quatre couchettes alignées sans cloison, y compris les couchettes latérales le long du couloir. Très vivant, très peu intime, et de loin le plus économique. À faire une fois par curiosité et pour une seule nuit : c'est là qu'on rencontre vraiment la Russie, à condition de dormir malgré la lumière et le bruit.
- Sidiatchi (Сидячий) — des sièges, pas des lits, comme dans un train de jour. À réserver aux trajets diurnes : passer huit heures assis pour économiser une nuit est un calcul que personne ne refait deux fois.
Sur les grandes lignes — Moscou – Saint-Pétersbourg, Moscou – Kazan, Moscou – Nijni Novgorod —, les voitures neuves ont l'air conditionné, des prises électriques et des ports USB à chaque couchette, un éclairage de lecture individuel et une douche par voiture. Sur une ligne secondaire, la même classe peut vous donner une voiture de vingt ans, propre mais fatiguée, avec le chauffage réglé une fois pour toutes en début de saison. Le samovar d'eau bouillante en bout de couloir, lui, est partout, dans tous les trains, et il est gratuit : c'est l'institution centrale du voyage ferroviaire russe.
Le billet se prend au nom du passeport
Un billet de train russe est strictement nominatif et porte le numéro du passeport du voyageur. Le contrôleur — la provodnitsa de la voiture — compare les deux sur le quai, avant la montée, et une faute de frappe suffit à faire refuser l'accès. Il n'y a pas de guichet pour corriger sur place à minuit. C'est la seule vraie difficulté de la réservation ferroviaire en Russie, et c'est aussi pourquoi nous prenons nous-mêmes les billets de nos voyageurs, à partir du scan de leur passeport.
Réserver quand la carte européenne ne passe pas
Le vrai obstacle n'a rien à voir avec le train. Le site des chemins de fer russes n'accepte que les cartes émises en Russie ; une carte Visa ou Mastercard française y est rejetée au moment de payer, sans message explicite, ce qui laisse croire à une panne du site ou à un problème de compte. On peut y passer une soirée entière avant de comprendre que ce n'est pas réparable. Nous détaillons le mécanisme dans notre article sur les moyens de paiement quand la carte européenne ne passe pas, et Thomas le raconte de l'intérieur dans son billet sur les cartes bancaires françaises en Russie.
Trois solutions existent, et une seule marche à tous les coups. Le guichet de gare, en espèces, avec le passeport : il ne refuse jamais, mais il suppose d'être déjà en Russie, donc de réserver au dernier moment — risqué en été sur les lignes populaires, où les places de coupé partent des semaines à l'avance. Un proche disposant d'une carte russe, si vous en avez un. Ou une agence. Pour nos voyageurs, les billets sont pris avant leur arrivée et remis imprimés le premier jour, avec le numéro de voiture et de couchette déjà repéré.
Ce qu'on emporte, ce qu'on laisse
- Des chaussons ou des tongs : personne ne garde ses chaussures dans un compartiment, et l'on marche jusqu'au samovar dix fois dans la soirée. C'est le premier réflexe russe qu'on adopte, et le plus durable.
- Un gobelet et son thé. L'eau bouillante est gratuite et disponible en permanence ; ce qu'on met dedans ne l'est pas. Le wagon-restaurant vend le thé au prix du wagon-restaurant.
- Une petite serviette. Le drap, la housse et la taie sont fournis dans un sachet scellé qu'on ouvre soi-même ; la serviette n'est comprise qu'en classe Luxe.
- De quoi manger le premier soir. Le wagon-restaurant existe sur les grandes lignes mais ferme tôt, et les arrêts de nuit sont trop courts pour descendre acheter quoi que ce soit.
- Un cadenas de valise, et rien de plus. Les vols sont rares, le compartiment se ferme de l'intérieur, et il existe sous les couchettes du bas un coffre à bagages que l'on verrouille avec son propre poids en dormant dessus.
Nos trois lignes préférées
La Flèche rouge, Moscou – Saint-Pétersbourg, part de la gare de Leningrad à 23 h 55 et arrive à la gare de Moscou, à Saint-Pétersbourg, à 7 h 55 : huit heures pile, ni plus ni moins, depuis sa mise en service le 9 juin 1931. Ses voitures étaient bleues à l'origine, couleur de la première classe dans l'usage européen d'avant la révolution ; elles ne sont devenues rouges qu'en 1962. C'est le trajet historique du pays, entretenu comme un salon, et il fait gagner une nuit d'hôtel des deux côtés.
Moscou – Kazan part de la gare de Kazan, celle qui dessert cette direction depuis 1862, et demande onze à douze heures selon le train — de quoi dormir tout son soûl et descendre à pied du quai jusqu'au kremlin blanc de Kazan. Une rame à deux étages y circule depuis 2015, et l'étage supérieur vaut le détour.
Et bien sûr le Transsibérien, dont nous racontons ailleurs les sept jours entre Moscou et Vladivostok : un train de nuit qui dure une semaine, avec les mêmes classes, le même samovar et les mêmes chaussons. Nos départs de groupe accompagnés comportent presque tous au moins une nuit en train ; c'est souvent ce dont les voyageurs reparlent le plus au retour.
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